top of page

Le paradoxe français : une liberté de pensée, un corps sous surveillance

Dernière mise à jour : 6 janv.

Comprendre notre rapport complexe à l’intime pour enfin le réconcilier



france libre, pudique
Il y a, dans le rapport français au corps et à l’intime, quelque chose de profondément paradoxal.

La France est connue dans le monde entier pour le libertinage, le French kiss, une certaine audace amoureuse, une littérature érotique foisonnante, une parole libre sur le désir.
Et pourtant, dès que l’on quitte le terrain des idées pour entrer dans celui du corps réel — le toucher, la nudité vécue, l’intimité incarnée — une tension apparaît.

Dans ma pratique, je le vois chaque jour.
Des personnes me contactent, attirées, touchées, parfois même profondément appelées… puis se crispent.
Le jugement surgit vite. La peur aussi.
Comme si quelque chose, dans la relation au corps, devenait immédiatement dangereux.

Alors une question revient, encore et encore : pourquoi est-ce si compliqué, en France, de vivre le corps et l’intimité sans culpabilité ni soupçon ?


Le paradoxe français : une liberté intellectuelle immense… mais un corps sous contrôle


La France a développé une immense liberté intellectuelle autour du désir.
Elle a pensé l’érotisme, analysé la sexualité, sublimé le plaisir dans la philosophie, la littérature, l’art. Mais cette liberté est restée, pour l’essentiel, mentale.

Le corps, lui, est demeuré un territoire ambigu : chargé de symboles, d’interdits et de projections.
On peut parler de sexe sans rougir, mais le corps vécu — le toucher simple, la présence corporelle, la nudité non sexualisée — reste facilement suspecté, surveillé, encadré.

Le désir est autorisé comme idée. Le corps, lui, reste sous surveillance.

Le christianisme partout en Europe… mais incarné différemment


Pour comprendre cette spécificité française, il faut remonter à l’histoire et poser une chose clairement : le christianisme a traversé toute l’Europe, mais il ne s’est pas incarné partout de la même façon.

Ce ne sont pas les croyances seules qui façonnent un rapport au corps, mais la manière dont une culture a traité la culpabilité.

Le jansénisme : quand le corps devient le lieu du soupçon


En France, le christianisme s’est fortement teinté d’un courant particulier : le jansénisme, très influent aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Il développe une vision austère de l’être humain : l’homme est faible par nature, le plaisir est dangereux, la chair est associée à la chute, et la vertu passe par la maîtrise et le contrôle.
Dans cette matrice, le corps n’est pas seulement fragile : il devient suspect.

La France n'est pas née uniquement du jansénisme. Elle est aussi l'héritère d'un catholicisme baroque, sensuel et incarné : le corps n'est pas ennemi de l'âme, il est un vecteur de grâce.

Mais le jansénisme a marqué en profondeur la conscience collective française, non par le nombre, mais son influence sur les élites, l'éducation et la morale.
De cette tension est née une culture où le corps est à la fois libéré et contrôlé, désiré et soupçonné, exposé et retenu.

Même lorsque la France se sécularise, cette structure morale ne disparaît pas ; elle se déplace.
Elle quitte le religieux pour s’inscrire dans l’éducation, la respectabilité, la façon de juger — et parfois de se juger soi-même.

La Révolution française : couper… sans réconcilier le corps


La Révolution française a été un moment de rupture :
  • elle coupe l’Église de l’État,
  • libère la pensée,
  • sacralise la raison, l’égalité, la citoyenneté.
  • Mais elle ne réhabilite pas le corps.

Au contraire, elle renforce une dissociation :
  • l’esprit devient noble, politique, rationnel ;
  • le corps devient privé, discret, à contenir.

Le citoyen idéal est maîtrisé.
Le corps sensible, lui, n’a pas de place évidente dans l’espace collectif.
La France a libéré l’intellect, pas le corps vécu.

Ailleurs : un corps moins chargé, plus vécu


Chez nos voisins, l’histoire a suivi d’autres chemins — et cela change tout.
Là où le corps n’a pas été rendu aussi coupable, il n’a pas besoin d’être autant contrôlé.


Allemagne, Suisse, Pays-Bas : la neutralité corporelle et la collectivité


Dans de nombreux pays germaniques et protestants (Allemagne, Suisse, Pays-Bas), la nudité peut être
  • contextuelle,
  • fonctionnelle,
  • et parfois collective,
  • sans être automatiquement sexualisée.

La tradition allemande du FKK (Freikörperkultur, « la culture du corps libre ») illustre cette approche : bains, saunas, espaces de bien-être où le corps est un fait du vivant, pas un symbole moral.

Quand le corps est vécu collectivement de manière simple, il devient moins fragile, moins chargé, moins soupçonné.


Espagne, Italie : un corps vivant, expressif


Dans les cultures latines du sud (Espagne, Italie), le corps est plus expressif et charnel au quotidien.
Le catholicisme y a pris des formes baroques et incarnées :
  • fêtes,
  • danses,
  • chaleur du contact.

La sensualité fait davantage partie du paysage relationnel — pas forcément plus « libre », mais moins gelée.

La phénoménologie : quand le corps redevient une expérience, pas un problème


Il existe aussi une clé essentielle pour comprendre pourquoi certains pays vivent le corps de manière plus apaisée : la phénoménologie.
La phénoménologie, fondée par l'allemend Edmund Husserl en 1900, propose un retour à l'expérience vécue. Et c'est Maurice Merleau-Ponty, qui, en France, redonne au corps sa place centrale, en affirmant que toute conscience est incarnée.

Au lieu de considérer le corps comme un objet à analyser, corriger ou maîtriser, la phénoménologie invite à le reconnaître comme le lieu même de l’expérience vécue.
Le corps n’est plus ce que l’on observe de l’extérieur : il devient ce à partir de quoi le monde est ressenti, perçu et habité.
Avant toute interprétation, tout jugement, toute morale, il y a le ressenti.

En France, paradoxalement, cette approche est restée très théorique.
Nous avons appris à penser le corps, mais rarement à le ressentir sans crainte.

En France : une sensualité clivée


Ce contexte historique et culturel a profondément clivé la sensualité.

En France, elle est souvent soit idéalisée et mise à distance, soit marginalisée et soupçonnée.

Certaines femmes peuvent sentir, parfois inconsciemment, que la sensualité n’est « pas pour elles », comme si elle appartenait à un rôle, à une image, à une catégorie.
Certains hommes, eux, disent chercher une forme de simplicité corporelle : non par rejet, mais par fatigue face à la complexité, à la tension, à la peur de mal faire.

Ce ne sont pas des jugements individuels : ce sont des symptômes culturels.

Féminisme, MeToo et l’intime sous tension


Le féminisme a été un combat nécessaire.
Il a permis une parole, une protection : retrouver une dignité primordiale longtemps baffouée.
Mais il a aussi laissé une trace complexe dans le rapport à l’intime.
La libération a été largement politique, verbale, parfois sexuelle. Mais rarement somatique.

Beaucoup de femmes ont développé une grande conscience d’elles-mêmes, tout en restant coupées de leur corps sensible.
Beaucoup d’hommes, de leur côté, se sentent démunis, prudents, parfois paralysés dans le rapport au toucher.
Le langage entre hommes et femmes s’est fragilisé.
L’intimité est devenue un terrain miné.

La peur du contrôle symbolique


Au fond, la grande peur française n’est pas le désir.
C’est la perte de contrôle symbolique :
  • peur que le corps déborde,
  • peur que le toucher soit mal interprété,
  • peur que l’intime échappe aux règles.

Alors le jugement surgit, comme une défense.

Pourquoi il est devenu urgent de travailler sur le corps


Cette crispation a un coût immense :
  • solitude affective,
  • couples épuisés,
  • incompréhensions répétées,
  • corps figés,
  • relations desséchées.

Les Français n’ont pas besoin d’être plus audacieux.
Ils n’ont pas besoin d’être plus transgressifs.
Ils ont besoin de retrouver une expérience simple et non coupable du corps.

Réconcilier le corps avec l’innocence


Cette réconciliation ne passe ni par la provocation, ni par des discours idéologiques.
Elle passe par l’expérience :
  • des pratiques non sexualisées,
  • des cadres clairs et sécurisants,
  • une progression lente,
  • une répétition dans le temps,
  • souvent une dimension collective respectueuse.

Dans ce sens, le massage tantrique, lorsqu’il est compris dans sa dimension originelle et consciente, peut être une voie de réconciliation profonde avec le corps.
Il ne s’agit pas d’une recherche d’excitation ou de transgression, mais d’un toucher lent, présent, respectueux, où le corps est accueilli sans attente, sans performance, sans objectif sexuel.

Dans un tel cadre, le corps peut à nouveau se détendre, ressentir, exister sans se défendre.

La pudeur reste, la retenue reste, la dignité reste — mais la peur disparaît.
Le corps cesse alors d’être un territoire chargé ou surveillé, pour redevenir un espace habitable, sensuel et vivant.

Sortir du cadre pour desserrer l’étau


Il y a aussi une dimension très concrète que j’ai comprise avec le temps : parfois, ce n’est pas seulement l’histoire personnelle ou culturelle qui freine la réconciliation avec l’intime.
C’est l’environnement.
On peut vouloir se libérer, se retrouver, ralentir… mais rester plongé dans une ambiance collective lourde, saturée de jugements et de non-dits.

Alors sortir de ce cadre devient parfois nécessaire.
Non pas pour fuir, mais pour desserrer l’étau.
Un lieu neutre, hors du quotidien, agit comme un tiers bienveillant.
Il autorise ce qui semblait impossible chez soi.

Ce que je propose aujourd’hui


Si je propose aujourd’hui des retraites pour couples, ce n’est pas par goût de l’ailleurs.
C’est parce que je vois combien le changement de cadre peut soutenir une transformation profonde, là où les mots seuls ne suffisent plus.

À travers le toucher conscient, des rituels, le temps ralentit, et des lieux soigneusement choisis, j’ouvre des espaces où le corps n’a rien à prouver, rien à défendre, rien à transgresser.

Des espaces où l’intimité peut redevenir simple, respectée et vivante, et où ce qui est vécu peut ensuite être ramené dans la vie quotidienne.
Si cet article résonne en vous, ce n’est sans doute pas un hasard. Peut-être ressentez-vous, vous aussi, cet appel à réhabiter le corps sans peur.

Initiatrice et Formatrice en massage tantrique


Quand le changement de cadre devient un soutien essentiel à la transformation du lien et de l'intime

Pour les couples prêts à réinventer l'intimité.

atelier tantra couple, formatrice hajira



FAQ : Questions fréquentes

 Pourquoi les Français ont-ils un rapport compliqué au corps ?

Le rapport au corps en France est fortement marqué par une histoire culturelle de contrôle, de retenue et d’intellectualisation.
Pendant des siècles, le corps a été perçu comme quelque chose à maîtriser plutôt qu’à habiter. Cette héritage se manifeste encore aujourd’hui par une difficulté à vivre pleinement le toucher, la sensualité et le lâcher-prise corporel, même dans des contextes intimes ou amoureux.

 Qu’est-ce qu’une sensualité clivée ?

Une sensualité clivée est une sensualité séparée du corps vécu.
Elle peut exister dans l’imaginaire, les rôles sociaux ou le discours, sans être réellement ressentie dans le corps.
Dans ce cas, le toucher et le désir deviennent des espaces de tension ou de performance, plutôt que de présence, de simplicité et de plaisir incarné.

Qu’est-ce qu’une libération somatique ?

Une libération somatique est une transformation qui passe par le corps lui-même, et non uniquement par la compréhension mentale.
Elle se produit lorsque le corps relâche une charge émotionnelle ou nerveuse inscrite dans les tissus, le souffle ou le système nerveux.
Contrairement à une prise de conscience intellectuelle, la libération somatique se ressent physiquement : détente profonde, respiration qui s’ouvre, sensation d’espace ou de relâchement durable.

Quelle est la différence entre une libération émotionnelle et une libération somatique ?

Une libération émotionnelle permet de mettre des mots, de comprendre ou d’exprimer une émotion.
Une libération somatique va plus loin : le corps cesse de porter la tension liée à l’expérience vécue.
Une émotion peut être comprise sans être libérée corporellement.
Tant que le corps reste contracté, la mémoire continue d’agir de manière inconsciente dans les relations et l’intimité.

Le massage tantrique peut-il aider à une libération somatique ?

Oui, lorsqu’il est pratiqué dans sa forme la plus authentique comme un massage conscient et non sexuel, le massage tantrique peut soutenir une véritable libération somatique.
En travaillant sur le toucher lent, la présence, la respiration et la sécurité corporelle, il permet au corps de se détendre profondément et de relâcher des mémoires anciennes là où les mots seuls ne suffisent plus.
Il ne s’agit pas d’une recherche d’excitation, mais d’une réconciliation avec le corps sensuel et vivant.


Une profonde renaissance.
Les femmes y retrouvent leur lumière, leur confiance et la joie d’habiter leur corps.
Elles apprennent à donner sans se perdre, à recevoir sans honte, et à réenchanter leur rapport à l’intime et au sacré.


 






Commentaires


bottom of page